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Rapport individuelles :

Les 3-4-5 juillet 2006

Rapport nº16

Pascale TAELMAN- SAF


COMPTE RENDU DE MISSION D’OBSERVATION A LA " AUDIENCIA NACIONAL "


CONTEXTE DE LA MISE EN PLACE DE LA MISSION:

Cette mission a été décidée, suite à la requête d’avocats de l'association basque EUSKAL HERRIA WATCH, rencontrés au cours de colloque de l'AED et qui avaient attiré notre attention sur les conditions particulières de ce procès fleuve, appelé 18/98, qui a débuté il y a huit mois.

Il s'agit d'une procédure ouverte contre une soixantaine de prévenus, appartenant à des organisations ou associations diverses qui, du fait de leur travail au sein des mouvements sociaux dans le pays basque, ont été accusés de faire du prosélytisme en faveur de l'ETA,suite à une enquête menée sous les directives du juge Baltazar GARZON.

Parallèlement à cette procédure, un certain nombre de dossiers parallèles ont été montés sous la responsabilité du juge GARçON, contre toute une série d'autres membres de mouvements sociaux, partis, journaux... regroupant en tout environ 250 prévenus, dans toutes les couches de la société basques, de tous les âges et des deux sexes.

Les audiences auxquelles je vais assister sont des audiences d’interrogatoires des témoins cités par la défense, dans le sous dossier qui concerne les activités d’une FONDATION JOXEMI ZUMALABE, créée en 1997, par Fernando OLALDI ARBIDE, à partir de fonds dont il avait hérités au décès de son père et qu’il a investi dans cette fondation, pour permettre à différents mouvements sociaux de disposer d’un lieu, d’une expertise technique, de subventions, de moyens de coordination….

La majorité des témoins cités s’exprimeront en espagnol.

Quelques uns s’exprimeront en basque avec l’assistance d’un interprète.

1- RAPPORT FACTUEL:

Audience nationale du 3 juillet 2006:

L'audience commence à 10 h . Il s'agit d'une audience d'audition de témoins de la défense, qui se déroulera de 10h à 14 H , puis de 16H30 à 21H.

Rappelons que la procédure espagnole est une procédure accusatoire dans laquelle la Cour n’a qu’un rôle de régulateur de l’audience, l’interrogatoire et le contre –interrogatoire étant menés par les avocats de la défense , puis de l’accusation et des parties civiles , voire de « l’action populaire » (en l’espèce des associations de victimes du terrorisme qui bénéficient en Espagne de la possibilité de faire des actions collectives , aussi bien en matière pénale que civile).

Les témoins sont donc interrogés par les avocats de la défense et contre interrogés (en fait quasi jamais) par le parquet et l'avocat de l’action populaire.

Ces témoins concernent tous le sous dossier relatif à l'implication de la Fondation JOXEMI ZUMALABE avec l'ETA. (voir analyse du dossier et CD qui m'a été remis par Pedro LEMA, l’un des avocats de la défense)

14 témoins vont se succéder au cours de la journée. Il s'agit de:

- La mère de l'un des prévenus, Fernando, fondateur et donateur de la fondation Joxemi Zumalabe, qui est mise en cause comme étant une fondation prétexte aux activités de l'ETA. En fait il s'agit d'une fondation qui a pour objet (elle continue à fonctionner ouvertement et légalement après l'arrestation et la mise en examen de ses dirigeants et d'un grand nombre de ses membres) l'aide à différents mouvements sociaux et culturels , tels que des mouvements écolos, de femmes, de jeunesse, antimilitaristes ou d'objecteurs de conscience...

Cette femme viendra expliquer que son fils a toujours été quelqu'un de désintéressé qui, issu d'une famille fortunée, a souhaité mettre au service des autres son héritage et l'a donc investi dans cette fondation .

- du frère du même prévenu , qui a déclaré dans le même sens;

- de membres de la direction de la fondation , ou de salariés de celle ci , qui tous déclareront pour certifier que si cette fondation avait eu quelque liens que se soit avec un parti politique ou une organisation dogmatique, ils n'y auraient pas adhéré. Pour tous il s'agissait d'une fondation dont les dirigeants et membres actifs venaient d'horizons très divers ,avec des convictions très diverses . Les décisions se prenaient par consensus ,mais souvent après de longues discussions, les parties en présence étant rarement d’accord dès l’origine.

Il s'agit manifestement d'une fondation fonctionnant en toute transparence , respectant les règles de droit social.

Ses objectifs étaient un appui et un soutien aux différents mouvements sociaux et populaires, en leur fournissant subventions pour la réalisation de leurs activités, en leur offrant un appui technique ou de compétences juridiques. Il s'agissait également d'organiser des forums de discussions sur des thèmes divers, dont "la désobéissance civile", thème parmi d'autre , mais qui semble avoir retenu particulièrement l'attention du juge Garçon, comme étant la preuve de son implication avec l’ETA.

Parmi ces témoins, il y a une étudiante en anthropologie , qui a travaillé pour le compte de la Fondation et qui explique que pendant une période de l’enquête, les comptes de la Fondation ont été bloqués ; la Fondation a néanmoins continué à fonctionner, mais plus difficilement ; puis les comptes ont été débloqués et l’activité de la Fondation a pleinement repris.

Elle expliquera que l’ensemble des personnes qui avait connaissance des activités de la Fondation ont été tellement choquées des inculpations intervenues, qu’un vaste mouvement appelé « de cent à mille » , d’auto-inculpation s’est mis en place. Plus de 1 500 personnes se sont autoinculpées, estimant devoir se solidariser avec les personnes poursuivies.

- seront également entendus différentes personnes qui ont eu des contacts à des titres divers avec la fondation. Il s’agit essentiellement de travailleurs sociaux ( EMMAUS, professeurs dans des lieux d’alphabétisation…), d’universitaires, d’avocats, de sociologues, d’animateurs socio culturels, de guide de montagne… Tous feront des témoignages élogieux du travail de la Fondation et aucun n’envisagera qu’elle puisse avoir des liens avec l’ETA, considérant même que le fonctionnement même de cette fondation est antinomique avec un quelconque lien avec l’ETA ( ses liens avec les mouvements non violents, anti militariste, objecteurs de conscience..., son ouverture aux opinions les plus diverses…)

Parmi ces personnes, est entendu JOSE LEON OTONO UGUARTEMENDIA, qui se chargeait de l’alphabétisation en basque d’adultes. Il était responsable d‘une association AEK ( coordination alphabétisation Euskadie). Il a été détenu dans cette affaire avant d’être mis hors de cause ; son association a fait l’objet d’une enquête très poussée, notamment sur le plan financier, car suspectée d’être un moyen de financement de l’ETA.

L’expertise a permis de mettre totalement hors de cause l’association et ses membres.

Pourtant, il sera constaté à l’audience que 12 caisses de documents relatifs au financement d’ AEK sont encore au dossier et continuent de servir de base à certaines inculpations poursuivies par le Parquet.

L’un des avocats demande que ces documents soit sortis du dossier et que le dirigeant d’AEK soit officiellement informé de ce que ces éléments sont toujours produits en justice, à charge, alors même que lui-même a été blanchi.

Audience du 4 juillet 2006:qui reprend à 10h10, et qui se déroulera dans des conditions assez similaires à celle de la veille.

L'audience commence par une lecture faite par le greffier qui informe le Tribunal qu'un avocat allemand cité comme témoin a adressé un fax, disant qu'il était prêt à répondre mais sous conditions de régularité de la procédure (?).

- Audition du témoin PAC VILLAHOZ Isabelle: il s'agit d'une ancienne salariée de la fondation ; elle a travaillé à la réalisation d'un guide des organisations sociales (document incriminé par l'accusation, comme ayant été commandité par l'ETA). Il s'agit d'un guide listage des différents organismes ou associations représentants les mouvements sociaux et populaires. Si elle est interrogée sur ce point, c'est parce que dans les PV d'enquêtes il est fait référence à cette femme, comme ayant eu une fonction de recrutement au profit de l'ETA. Pourtant à aucun moment, elle n'a été mise en cause officiellement.

- José Ignacio MARKO JUANIKORENA: universitaire et travailleur indépendant dans le domaine associatif , qui a eu des contacts avec la fondation, d'une part lors de la publication du guide , d'autre part en raison de subventions données à certaines associations. Il avait postulé pour participer à la rédaction du guide. Le témoin considère que le guide est un produit de qualité, qui est un outil intéressant du point de vue de l'analyse des mouvements sociaux et pas seulement comme un catalogue.

La parquet l'interroge sur le "manifiesto de Ibaeta" qui est un manifeste fait par des associations proposant des actions en faveur de la défense des prisonniers; la question induit que ce manifeste, signé par le témoin, serait une émanation de Ibaratasuna, parti aujourd'hui interdit.

- CONGIL INFANTES Jésus Maria: enseignant de formation et technicien fonctionnaire.il a participé depuis la fin des années 70, à des mouvements associatifs contre la drogue et les dépendances. C'est une personnalité très connue au pays basque.

Il a eu des contacts avec la fondation à compter de 1997/1998.il a connu le guide des mouvements sociaux, et a considéré que ce travail était une très bonne idée. Il était présent lors de la présentation publique de ce guide . C'était un bon moyen pour que les différentes associations apprennent à se connaître et puissent faire un travail transversal.

L'accusation prétend que les réunions organisées autour de ce projet consistaient en réalité à lancer un vaste programme d'endoctrinement de l'ETA. Le témoin le conteste formellement. De plus, les gens qui participaient à ces réunions, et qui n'ont pas été inculpés, sont des gens particulièrement indépendants, engagés et non susceptibles d'être endoctrinés, compte tenu de leurs engagements préexistants.

- Iñaki BARCENA HINOJAL, personnalité importante du monde écolo basque. Licencié en droit, docteur en sciences politiques. A fait une thèse sur les mouvements sociaux. Auteur d'un certain nombre de livres, en particulier sur l'écologie.

Il a été consulté pour l'élaboration du guide et en particulier pour la classification des différentes organisations répertoriées.

Il a aussi participé à des journées de débats organisées par la fondation, au cours desquelles des personnalités d'horizons très différents sont intervenues.

A aucun moment , il est pensable que la fondation puisse être sous le contrôle d'ETA. Dans cette fondation s'exprime des voix multiples et diverses. C'est perdre son temps que de vouloir penser que l'ETA essaye de contrôler l'ensemble du mouvement social; ça n' a pas de sens.

Le Parquet fait un contre-interrogatoire: y a-t-il un lien entre la fondation et le mouvement pro amnistie ; R: non mais il s'agit d'un mouvement social de plus.

- Javier XIMENEZ JXIMENEZ: psychologue et travailleur social. Militant anti militariste. Il a assisté à la présentation publique du guide des mouvements populaires.

Rien dans ce qu'il déclare ne peut faire penser à une quelconque implication coupable de la fondation.

- Leire CARIDAD LOPEZ: responsable du parti nationaliste basque. A été membre du conseil de la jeunesse d'eskadie. Le but de se conseil est de pousser les jeunes à voter et participer à la vie sociale du pays.

Elle est interrogée sur les réunions organisées par HERRIA MUGI ( peuple bouges toi) et sur le point de savoir si ces réunions avaient pour but de promouvoir un endoctrinement au profit de l'ETA. Le témoin certifie de que cela est impossible; que d'ailleurs les points de vue qui y étaient développés étaient très divers, ce qui exclue totalement cette hypothèse.

- Ainhoa PERMACH MARTIN: licenciée en technique d'information; travaille comme rédactrice dans une radio.En 200I elle travaillait pour une coordination ZAI ZOI , à la maison de la culture de SAN SEBASTIAN. Là elle a assisté à la présentation du guide des mouvements populaires. Au cours de cette présentation, il a été envisagé de constituer un groupe de travail commun entre différentes associations. Ce groupe a décidé de s'appeler HERRIA MUGI.

Le témoin a été modérateur lors des premières rencontres organisées par ce groupe. Elle déclare que toute la difficulté a été pour elle de permettre à chacun de s'exprimer, car les attentes étaient multiples et les prises de positions très diverses. A aucun moment, elle n'a eu l'impression que quelqu'un avait l'intention de monopoliser la parole ou d'endoctriner qui que se soit.

Initialement, il n'était absolument pas prévu de signer à cette occasion le moindre manifeste. Le seul accord sur lequel il était possible d'aboutir était quelque chose de très générique et général, sur la volonté commune de travailler ensemble.

- IÑAKI SOTO NALASCO: Licencié en philosophie -31 ans investigateur du gouvernement basque, est en cours de thèse. En 1999, il a travaillé pour faire la publicité des premières rencontres organisées par HERRIA MUGI; il a réalisé des affiches à cet effet.

Il confirme qu’ont participé à ces rencontres des gens de tous les horizons idéologiques et politiques.

- JOSE RAMON CASTAÑOS UMARAN ( personnalité très connue) : instituteur, militant de mouvements sociaux depuis toujours. A ce titre il a eu des relations avec toutes les associations sociales et politiques du pays basque.

Il considère lui aussi que le guide des mouvements sociaux était un ouvrage essentiel, de même que les différents rencontres organisées par HERRIA MUGI. Chacun y avait sa place et les opinions les plus diverses s’y sont exprimées. En aucun cas, ces rencontres ne peuvent être considérées comme un lieu d’endoctrinement.

Sur question du Parquet, il nous dira qu’il est l’un des fondateurs de ETA SEXTA, scission de l’ETA , né du désaccord fondamental relatif à l’utilisation de la lutte armée.

- ENEKO LANDABURU PITARQUE : médecin ( très connu), participant au milieu associatif, dans la recherche d’une médecine douce alternative. Il confirme également qu’au travers de sa participation à plusieurs réunions, il témoigne de la diversité des points de vue exprimés.

- MARTIN BARRIUSO ALONSO : licencié en philo et sciences de l’éducation, cela fait 25 ans qu’il milite dans les mouvements sociaux écolo et dans divers associations favorables à la dépénalisation du cannabis.

Il a participé à des actions de désobéissance civile. Lui aussi s’exprime pour dire que les réunions organisées par la fondation comprenaient des participants d’horizons multiples, notamment sur le plan idéologique, excluant la main mise de l’ETA sur celles-ci.

- TOMAS GOIKOETXEA ARAMBURU : membre du parti communiste depuis toujours , personnalité très connue, il est passé par l’ETA jusqu’à son dédoublement et est revenu alors au PC et à la IZQUIERDA UNIDA ( gauche unie).

Il a une parfaite connaissance des réunions qui ont eu lieu à SAN SEBASTIAN sous l’égide de la fondation ; il y a participé en particulier quand a été traité le thème de la désobéissance civile. Il est certain que l’ETA n’a rien à voir avec ça.

Pour le Parquet, le dédoublement de l’ETA veut dire qu’un membre de l’ETA appartient en même temps à des mouvements sociaux , alors que pour la défense , c’est incompatible. Pour le militant , le dédoublement veut dire qu’il y a d’un côté l’ETA politico militaire, et de l’autre un mouvement ou un parti politique, sans aucun lien avec le premier. Le témoin confirme qu’il n’y a pas de double militance possible au sein de l’ETA.

-MABEL CAÑADA ZORRILLA : a travaillé avec des groupes prônant la non violence. C’est une femme d’une cinquantaine d’années installée dans un village abandonné et réhabilité. Elle se définit comme une non violente active.

Elle a participé à quelques rencontres de HERRIA MUGI ; pour elle, il s’agissait de personnes qui se retrouvaient avec beaucoup de plaisir et d’enthousiasme. A aucun moment il ne lui a semblé qu’il y avait des tentatives de récupération au profit de l’ETA.

- MIREN ERASUN URCELAYETA : licenciée en sociologie , elle a travaillé avec un groupe de sociologues et enseigne le basque. Avec un groupe sociologues, elle a participé à la confection du guide, en particulier dans sa partie analytique.

L’objectif d’HERRIA MUGI était de trouver des points communs entre les différents mouvements sociaux participants. Il y avait cinq sous groupes de travail, sur des thèmes différents. Il n’y avait aucune consigne politique particulière.

Il s’agissait d’essayer de trouver un dénominateur commun entre les différents mouvements.

-INAKI OTAMENDI GUTIERREZ : 35 ans, travailleur social dans une bibliothèque publique. Il a travaillé avec des groupes anti militaristes et d’insoumis.
Il insiste sur l’absence de contraintes et sur la volonté commune qui les animait sans aucun endoctrinement.

-JOSEBA IMANOL IBARBURU URANGA : 50 ans membre de l’association SANTI BROUARD, il confirme en tout point ce qui a été dit précédemment.

-GOYOAGA LLANO IÑAKI : AVOCAT, tout le monde le connait car il vient plaider régulièrement devant la AUDIENCIA NACIONAL. Dès lors, tout le monde, tribunal compris, l’accueille avec le sourire et amicalement. L’ambiance est même assez surréaliste quand on pense qu’il s’agit d’un procès pour des faits de terrorisme et au nombre d’années requises contre chaque accusé.

Il explique qu’il a été saisi par l’un des accusé, ZULUAGA, qui était venu lui dire sa surprise lorsqu’il avait entendu dire par la presse, qu’un document, appelé « PIZTU » serait l’œuvre de l’ETA. En fait ce document , qui était une base de travail et de réflexion avait été écrit par lui, ZULUAGA, qui souhaitait donc s’en expliquer devant le juge GARZON ; Il a donc demandé à son avocat d’intervenir en ce sens auprès du juge instructeur . il semble que dans un premier temps, celui-ci ait refusé de tenir compte de ces « aveux » et refusé sa comparution volontaire, pour finalement le faire arrêter, sans citation, par les forces de l’ordre, dans des conditions très humiliantes et violentes, après que ZULUAGA ait fait une conférence de presse pour se reconnaître publiquement comme étant l’auteur du document incriminé.

PISTU est un document en basque de réflexion sur la désobéissance civile ; il a été traduit par les autorités comme s’intitulant « PISTU phase définitive ou phase d’exécution » quand la traduction exacte était « phase de définition » .

AUDIENCE DU 5 juillet 2006 : qui se déroulera de 10 heures à 13h30

Il s’agit d’une audience similaire aux deux précédentes.
Y seront auditionnés :

- SANTAOLALLA PRESILLA JESUS : gestionnaire des fonds de la fondation, tout comme

- GONZALEZ BLONCH ROCO JOSE MARIA

Puis,

- IGNACIO RUIZ DE PINEDO UNDIANO : sociologue , travaillant sur des questions d’exclusion et d’urbanisme. Il a réalisé plusieurs publication sur l’insertion sociale.Il a été parlementaire d’HERABATASUNA.

Il a connaissance du document « PISTU » établi par ZULUAGA. Il s’agissait d’un document de base de travail pour provoquer un débat. En aucun cas il ne s’agit d’une initiative de l’ETA. Le témoin revendique avoir apporté des ajouts au texte initial.

- AZPARREN OLAIZOLA PATXI : 37 ans, tapissier, diplômé en anthropologie, enseignant pour adultes, a participé à des mouvements d’objecteurs de conscience depuis ses 18 ans.

Il a participé à des mouvements de désobéissance civile , notamment par la création d ‘une carte d’identité basque et par l’appel à restituer sa carte d’identité espagnole ou française+ par l’envoi de courriers avec le timbre à l’effigie du roi d’Espagne mis à l’envers…

Il a participé à la présentation du guide des mouvements sociaux et aux réunions d’HERRIA MUGI en mai 1999.

Il a également eu connaissance du document PIZTU pour pouvoir y ajouter ses propres apports.

Il a lui-même été détenu dans cette affaire avant d’être mis hors de cause. Il avait initialement été libéré sous caution . il semble qu’on ne lui ait toujours pas restitué la caution versée ( 6 000,00 euros) . La Présidente lui dit alors qu’il doit passer au secrétariat pour régler cette question.

- LUIS BARINAGARREMENTERIA OLAIZOLA : AVOCAT, qui raconte sa propre arrestation dans ce dossier. Lui aussi est aujourd’hui hors de cause.

- LABAYEN SANSINENEA RAMON : 78 ans , ancien maire de SAN SEBASTIAN, médaillé, très connu. Il explique qu’il a été appelé à diriger une campagne en vue de l’établissement d’une carte d’identité basque. Il affirme que cela n’avait rien à voir avec l’ETA. Il s’agissait d’une carte d’origine municipale délivrée par une association de Mairies.?Il dénonce le fait que ce procès donne à l’ETA une importance que le mouvement n’a pas.

- GOÑI ALZUETA JOSEBA : 64 ans , coordinateur d’un collectif qui publie des revues annuelles ( IGLESIAS 2000) , ancien prêtre. Il tient des propos similaires à ceux précédemment développés.

2-IMPRESSIONS D'AUDIENCES:

Les audiences auxquelles j'ai assisté ce sont déroulées de manière sereine et assez respectueuse de part et d'autre. Elles se déroulent dans des locaux décentralisés à la limite de la ville de Madrid ( à la Casa de Campo).

L'ensemble des prévenus est tenu d'être présent, alors même que pour beaucoup d'entre eux, l'audience n'a aucun intérêt, compte tenu de ce qu'ils n'appartiennent pas tous à la même organisation et de ce qu'il s'agit en réalité de la juxtaposition assez artificielle de plusieurs dossiers, sur la seule base de ce que la tête de tout serait l' ETA.

La plupart des prévenus sont en « T shirt revendicatifs ».
Parmi les personnes poursuivies 7 sont des confrères.
La plupart des avocats constitués sont basques, ( 11 avocats en tout) à l’exception d’une consoeur du Barreau de Madrid.

Ce qui frappe à l'audition des différents témoins, c’est que, compte tenu de leur niveau d'implication à chacun, on se demande pourquoi, eux même n'ont pas fait l'objet de poursuites; qu'est ce qui justifie l'inculpation des uns et pas des autres ? en l’état je ne dispose pas de la réponse.

D’ailleurs, tout au cours de l’audience sera évoqué le fait que de très nombreuses personnes du monde associatif basque et de la société civile basque se sont auto inculpées publiquement, compte tenu de ce qu’elles se reconnaissaient complètement dans les choix et les actions de leurs amis accusés. Il y a eu de l’ordre de 1 500 auto inculpations.

Ce qui frappe également, c’est le climat étonnement « décontracté » des audiences : quasi aucune mesure de sécurité, climat plutôt bon enfant, présence des deux seuls accusés détenus pour autre cause, au milieu de leurs camarades libres sans aucune espèce de restriction dans leurs communications….

Il s’agit pourtant d’un procès ouvert officiellement sur des inculpations de terrorisme , avec des peines requises par le Parquet allant de 10 à 15 ans de réclusion criminelle !

Autre élément qui m’a beaucoup surprise, c’est la présence aux bancs de la défense de trois confrères, en robe et jouant pleinement leur rôle d’avocat, alors même qu’ils font partie des prévenus.

A la fin de la session , j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec la Présidente, qui m’a indiqué que cette affaire avait commencé de manière un peu brutale ( voir les rapports faits par les précédents observateurs), mais qu’elle avait pu se rendre compte que tout le monde jouait le jeu et que ces audiences étaient très pénibles pour les prévenus, notamment parce qu’elles leur étaient imposées depuis de longs mois, au rythme de trois jours par semaines , ce qui est très lourd, et qu’elle entendait faire en sorte que ça se passe le mieux possible pour tout le monde.

Les confrères locaux m’ont confirmé que l’audience ne s’était jamais aussi bien passée que pendant ma présence.

L’audience doit continuer jusqu’au mois de décembre d’après les prévisions. Les confrères sont demandeurs de ce qu’autres missions d’observations soient organisées, tant ce procès semble être une « montagne qui devrait accoucher d’une souris ».

Ce que j’ai pu en voir laisse perplexe sur le temps et l’argent dépensé pour rien.

En septembre, doivent commencer les auditions des « experts » qui ne seraient en réalité que des policiers ayant rédigé les rapports d’intelligence , et à qui la défense dénie, bien évidemment, la qualité d’experts.

Les confrères rencontrés sont demandeurs de nouvelles présences extérieures à ce moment là.

Enfin, la description de la disposition de la salle d’audience :

Le Tribunal, les Avocats, le Parquet, les Avocats de la défense populaire sont tous au même niveau , légèrement surélevés par rapport au sol.

Les prévenus ne peuvent matériellement avoir de contact direct avec leur avocat pendant l’audience, puisque, s’il s’agit de détenus, ils sont dans la cage de verre, totalement fermée, avec laquelle il n’est possible de communiquer que par un micro ; lorsqu’il s’agit de prévenus libres, comme s’était le cas en l’espèce, leur emplacement dans la salle ne permet pas la communication sans un déplacement .


3- PRESENCE ET SOUTIEN DU BARREAU DE MADRID :

Depuis le début de ce procès le Barreau de Madrid est représenté dans cette procédure, d’une part parce que l’une des avocates est madrilène, d’autre part parce que des observateurs du syndicat ALA ( SAF de Madrid) sont régulièrement présents à l’audience comme observateurs.

Il m'a été indiqué que le Bâtonnier de Madrid avait donné son accord pour que le barreau de Madrid organise à partir de septembre un tour d'observations des audiences de ce procès. En septembre, vont effectivement commencé les auditions de "experts", qui dans la pratique, seront surtout des policiers cités par le Parquet, et dont la qualité d'expert est évidemment contestée par la défense.

De plus, le Bâtonnier de Madrid est intervenu précédemment quand les confrères ont découvert à l'audience que les milliers de cotes ne leur avaient pas été communiquées, pour obtenir le renvoi de l'audience. Il a incontestablement été alerté au fur et à mesure des incidents, tout comme d’ailleurs le Conseil Général de l’avocature espagnole. D'ailleurs parmi les avocats de la défense, il y a une consoeur de Madrid.


4- AUTRES PRESENCES :

Depuis le début de ce procès, 35 avocats représentants différentes organisations professionnelles se sont succédés comme observateurs.

S’agissant des avocats espagnols, il semble que le Barreau catalan et le syndicat ALA de Madrid soient très présents.

Le Conseil Général de l’Avocature espagnole a également été amené à intervenir pour faire respecter les droits de la défense.


5- RENCONTRES AVEC DES CONFRERES INCULPES OU EN CHARGE DU DOSSIER :

J’ai pu avoir des entretiens avec un certain nombre de confrères en charge de la défense dans cette affaire, dont certains sont en même temps inculpés dans le dossier (3).

Tous dénoncent l’utilisation politique qui a été faite de cette affaire, dont il faut rappeler qu’elle a été initiée en 1998. Le climat politique a changé , mais les questions liées au terrorisme restent très sensibles.

Ils regrettent unanimement que les médias soient totalement absents. En effet, si lors des premières audiences , la presse les télés… étaient là, ils ont cessé de venir très vite dès qu’ils se sont aperçu qu’il n’y aurait pas sang ! qu’en réalité il n’y avait rien dans le dossier…alors qu’il aurait été intéressant justement que cela soit dénoncé.

Personne ne sait comment cela va se terminer, compte tenu de l’importance des moyens mis en œuvre pour rien.



Fait à Créteil, le 12 juillet 2006
Pascale TAELMAN- SAF