Cas
33/01 contre Gestoras pro-Amnistía etAskatasuna
Rapport partielles:
Mai de 2008
Amalia Alejandre etJosé Manuel Hernández.
Avocats de Madrid
Membres de la Initiative
Internationale Euskal Herria Watch
Procès du mouvement pro-amnistie et de
la démocratie espagnole
Les personnes accusées de militer dans
le mouvement pro-amnistie et jugées sous
ce chef d’accusation ont renoncé
à exercer leur droit à la défense
juridique en signal de protestation. Hernández
et Alejandre démontrent ici que c’est
la stratégie de l’État qui
est indéfendable. Ses victimes ? Les prévenus
et la démocratie.
Au
cours des opérations de police contre le
mouvement pro-amnistie basque, à l'aube
du 31 octobre 2001, le juge Garzón a ordonné
la perquisition de plusieurs locaux et bureaux,
dont l’étude de deux avocats, à
Hernani et à Pamplona. À Hernani,
bien que la présence d’un représentant
de l'Ordre des Avocats ait été demandée,
la police a procédé à la
perquisition en son absence, a saisi documents
et ordinateurs, et a posé les scellés
sur les bureaux. À Pamplona, l’ordinateur
d’une avocate a été saisi.
Le juge Garzon, qui s'était rendu à
Bilbao pour l’occasion, a été
informé de ces faits par l’avocate
Arantxa Zulueta, mais l’opération
a suivi son cours. À la suite des recours
demandant la nullité des perquisitions
effectuées, une sentence en date du 7 novembre
ordonnait la restitution du matériel saisi,
le juge gardant par devers lui une copie du matériel.
Ainsi, une atteinte grave au secret professionnel
et à la défense comme garantie aux
justiciables, et à l’inviolabilité
du domicile professionnel a été
commise.
Le
21 avril 2008, commençait le procès
33/01 contre le mouvement pro-amnistie. L’activité
des organismes formant ce mouvement consiste à
dénoncer publiquement la violation systématique
des garanties juridiques et de procédure
et des droits humains subie par les prisonniers
basques, et à promouvoir la solidarité
envers eux. Les 27 prévenus, dont l’avocat
Julen Arzuaga, jouissent d'une implantation sociale
indiscutable et appartiennent à la société
civile qui dénonce les expressions répressives
de l'État et aide les victimes de cette
répression, tout en menant des initiatives
en défense des libertés et des droits
humains.
Le
premier jour du procès, tous les prévenus,
accusés d'intégration à bande
armée sans que les faits présumés
délictuels n'aient été personnalisés,
ont renoncé en bloc à exercer toute
défense juridique que ce soit, car ils
ne reconnaissent pas le tribunal qui les juge
et sont convaincus que la sentence est écrite
d'avance. Ils affirment qu’ils ne peuvent
pas être jugés « pour leurs
idées ».
L’Association
des Avocats Européens Démocrates
(AED), réunie à Amsterdam le 19
avril 2008, a fait part de sa préoccupation
à l’endroit de ces macro-procès
et a déclaré que « (...) l'interprétation
extensive d'une typologie terroriste et l'application
d'une législation d'exception a donné
lieu à la vulnération des droits
fondamentaux tels que le droit à la défense
et le droit à la présomption d'innocence.
En
outre, l’AED fait part de son inquiétude
pour « (...) l’instruction de l’affaire
(...), la violation et la perquisition d’études
d’avocats en l'absence des garanties requises
par la protection du secret professionnel et du
caractère confidentiel des communications
avec les clients, les délais indus de la
procédure et l’abus de mesures préventives...».
Enfin, l’AED exige la dérogation
des tribunaux d’exception comme l’Audience
Nationale espagnole.
La
nouvelle absurdité juridique née
du dossier 33/01 n'est explicable que par la volonté
politique qui imprègne toutes ces affaires.
Après le 11 mars 2004, en Espagne, le PSOE
et le Parti Populaire a rompu le consensus qu’ils
maintenaient sur cette question, mais pas le «
Pacte pour les Libertés » signé
en 2000. Cela a entraîné un usage
radicalement partisan du problème basque,
pour lequel la seule différence entre les
deux grands partis était l'intensité
demandée dans l'application du pacte. Après
l’échec des négociations entre
le Gouvernement du PSOE et l’ETA, fin 2006,
les grandes lignes de ce pacte sont de nouveau
à l'ordre du jour.
L’incarcération
de la quasi-totalité de la direction politique
de la gauche indépendantiste basque, les
nouveaux procès en proscription des partis
politiques en cours (contre l’Action Nationaliste
Basque et le Parti Communiste des Terres Basques)
et la mise sous les verrous, le 30 avril dernier,
de la mairesse de Mondragon, Ino Galparsoro, sous
le chef d'accusation de « rébellion
opiniâtre" à la suspension de
son parti pour avoir donné une conférence
de presse sont l'expression dans les faits du
tour de vis donné à l'application
de normes exceptionnelles prévues par la
Constitution de 1978.
La Loi des Partis Politiques, de juin 2002, a
permis, après son approbation par la Cour
Suprême espagnole, de déclarer illégale
la coalition Batasuna. L’idée a priori
selon laquelle « tout est l’ETA »,
inventée par Garzón et appliquée
par le PP-PSOE, avec le soutien de la quasi-totalité
de l'arc parlementaire, a donné suite à
de nouvelles interdictions de se présenter
aux élections à l’encontre
de formations politiques susceptibles de servir
de référence à tout un secteur
de la société basque. Le jeu électoral
est donc interdit à des centaines de milliers
de citoyens pour leurs idées. L’option
indépendantiste préconisée
par ceux-ci et leur désaccord avec le statut
constitutionnel en vigueur est directement liée
à la privation de leurs droits politiques.
Si
la Constitution régule le pluralisme politique
et le droit au suffrage en tant que valeurs essentielles
de la légalité et que certaines
options politiques contestataires sont déclarées
hors-la-loi, on ne peut que constater le déficit
démocratique de l’État. La
divergence, loin d’être protégée,
est éliminée du point de vue légal.
La défense des droits politiques et des
libertés doit intervenir pour toutes les
personnes et tous les peuples sans exception,
car c’est une condition nécessaire
de la démocratie. Condamner les idées
et interdire à certaines options la confrontation
politique revient à ouvrir la voie au totalitarisme.
La
garantie des droits des personnes et la séparation
des pouvoirs sont des principes de base d'un État
démocratique. La séparation des
pouvoirs exige la souveraineté parlementaire.
Le pouvoir exécutif doit être soumis
à la loi et au droit. Et le pouvoir judiciaire
doit être indépendant, mais la politisation
retentissante de la justice est la preuve de la
faillite du système.
La
pratique politique et médiatique de criminalisation
des idées indépendantistes - voire
des idées nationalistes -, et l’identification
qui en est faite avec la violence, entraîne
le discrédit des idées et légitime
la raison d’État comme excuse pour
justifier la limitation des droits fondamentaux.
Une
liberté idéologique, d’association
et d’expression pleine et entière
constitue la meilleure voie pour rendre un système
démocratique crédible. La réduction
des marges de liberté, la criminalisation
du dissident, le renforcement du « droit
pénal de l'ennemi » en vue de poursuivre
l’opposition, avec en prime l’imposition
d'une Constitution « intouchable »
malgré l’énorme déficit
démocratique qu’elle présente,
constituent un attentat à la démocratie
que cette constitution dit défendre.
Le
ministre de l’Intérieur espagnol
Rubalcaba ne dit pas la vérité lorsqu’il
accuse, en général, la gauche indépendantiste
basque d'être responsable de la violence
en Euskadi. Il fait fausse route en adhérant
une nouvelle fois au pacte antiterroriste de l'année
2000, car ce point de vue unilatéral ne
montre qu’une partie de la violence et non
la violence dans son ensemble. La seule solution
juste et démocratique passe par l’acceptation
de l’existence d’un conflit politique.
Le sentiment et le droit d’un peuple à
disposer de lui-même ne sauraient être
ni ignorés ni interdits.
La
résolution d’un conflit politique
se doit d’être politique et juste.
La Constitution espagnole de 1978 peut et doit
être réformée, pour que le
droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
devienne accessible si les peuples en question
en décident ainsi. Actuellement, ce droit
est lettre morte, résultat de la transaction
politique intervenue à la mort de Franco.
Pourtant, si on continue de tourner le dos à
la politique vraie et au dialogue comme méthode
de résolution des conflits, on ne peut
qu’aboutir à moins de démocratie
et à plus de déstabilisation, assorties
de nouvelles lois d’exception destinées
à faire taire les secteurs sociaux qui
remettent l’ordre établi en question.
En définitive, on aboutit au règne
de la raison d’État sur les lois
avec son cortège de répression,
et à la dégradation de la démocratie
inhérente à cet état de fait.
José Manuel Hernández de la Fuente
et Amalia Alejandre Casado, avocats
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